Le sang, le coeur et les stars du skateboard.

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Aujourd’hui j’ai un peu de temps libre, je suis blessé et je peux pas skater alors je vais vous raconter/radoter ce que ça m’a fait de regarder le plus récent et très attendu film de skate qui vient de sortir.

Est-ce qu’après avoir visionné « We are Blood », je me suis senti comme la fois où David Rockefeller a reçu sa sixième transplantation cardiaque et donc son sixième cœur à l’age de 99ans? Comme il dit: «Every time I get a new heart, it is like the breath of life is swept across my body. I feel reenergized and alive»

 La réponse est non. Je ne me suis pas senti reenergized après avoir visionné « We are Blood ». Rockefeller est plein et s’est offert six coeurs, deux foies et une île alors je me disais qu’avec la tonne de fric investie dans ce projet j’allais au moins avoir droit à une ou deux sensations fortes. Même pas! C’est l’fun pour les yeux mais j’ai pas eu de frissons et encore moins de dégat dans mes shorts. Il faut dire que le titre n’est pas « you will shit your pants » ni « Here is the heart and soul of skateboarding». Malgré ça, si vous acceptez la transfusion sanguine et vous vous pluggez pendant 90 minutes sur « We are Blood », votre organisme devrait bien réagir. Parce que ouaoui j’ai aimé ça mais je préfère tout de même les petits projets vidéo un peu moins tape-à-l’oeil. Parce que c’est du plus vrai, de l’authentique pas arangé avec le gars des vues. Pas d’acteurs et de cinéastes mais des skaters et un filmeur. Toi, t’aime mieux les grosses productions ou les petits montages? Pourquoi? Les accros de la VX1000 et du super 8 seront d’accord mais j’aimerais aller plus loin que l’aspect HD vs SD. À mon humble avis, le trouble n’est pas dans le super-high-definition-slowmotion-3000-RED-drone. C’est le facteur authenticité, dont je parlais plus tôt, qui tout comme une chaudière de steam, ne s’achète pas chez kwik-e-mart. Pis si t’es encore là à me lire, ben je vais te confier le fruit des ma réflexion dans les prochaines lignes et dire ce qu’on trouve dans les petits montages qui n’est pas dans cette grosse production. Mais avant d’aborder le sujet comme un skate rat au cerveau commotionné, voici une petite blague:

-Combien de skaters « Old school » cela prend-il pour changer une ampoule brulée?

-Il en faut cinq! Un qui va changer l’ampoule et quatre autres pour boire de la bière en parlant de l’ampoule précédente qui était tellement mieux.

Je fais c’te blague parce que ma position pourrait ressembler à de la résistance au changement alors que c’est loin d’être le cas. Les multinationales ont toujours été là et puis Spike Jones a fait des super slow-mo dans ses vidéos de skate depuis 2003. Il y a de la nouveauté et de l’innovation dans « We are Blood » et c’est bien beau mais ce n’est rien de révolutionnaire non plus. On peut noter une sorte de progression. Il faut remarquer que la vie évolue rapidement sur la planète skateboard et il n’y a pas de règles pour limiter la créativité des skaters. Tu skates des pools avec tes kneepads leopard crinqué par les riffs de Fugazi qui sort du boombox? Cool! Tu skate des rails en nollie flip-in flip-out pluggé par l’oreille à ton Iphone qui te crache du Gucci Mane? Cool aussi! It’s all family here. La culture du skate grandit, les styles des tricks éxécutés évoluent, les styles musicaux tout comme les styles vestimentaires associés au skate sont de plus en plus nombreux. Les styles des productions vidéos se multiplient aussi. bete

La culture du skateboard est une bête à plusieurs têtes et chacune peut regarder ce qu’elle veut et croquer ce qui lui plaît tout en vivant d’un seul cœur qui bât. Personnellement, j’avoue apprécier toutes les têtes de la bête. Du big air stuntboarding au parking block slappys. Des grandes compétition aux petites vidéos. Évidemment, j’ai mes préférences et ma tête favorite serait celle des vidéos à petits budgets. Ceux qui présentent la vraie vie dans la rue avec des trucs spontanés et surprenants où le fun factor a priorité sur la performance technique. Ces vidéos-là qui mettent souvent en vedette des skaters qui ne sont pas des vedettes.

La récente série de montages What’s up Monkey de Anti-Hero est un bon exemple.

Ca ou la vidéo Palace/Bronze – Paramount skateboarding

ou le montage Sickness de Supreme*Thrasher

ou le plus récent montage de Blue Tile Lounge Raccoon Alley

ou le montage complet du Dime Glory Challenge.

Il y a trois raisons pour lesquelles ces vidéos sont appréciables:

1- Ça donne envie d’aller skater.

2- Je vois dans ces vidéos la raison pour laquelle j’ai commencé à skater : Ça a l’air l’fun!

3- Je me reconnais et j’ai l’impression de faire partie de la même grosse gang élargie que ces gars-là.

C’est trois aspects que je n’ai pas trouvé dans « Nous sommes le sang ».

Malgré toute la motivation et les moyens utilisés pour faire le meilleur film de skate au monde, au lieu d’avoir envie de skater on se sent plus confus qu’autre chose. Est-ce que c’est cool d’avoir l’approbation d’un prince arabe? Est-ce que c’est cool de se faire filmer par sept caméras à la fois dont une qui vole et l’autre qui est fixée sur une camionnette? Combien de fois on leur a demandé de crier et d’avoir l’air contents? C’est frappant le moment où Ty Evans crie bien fort genre : « Yeah on skaté une aire d’atterissage à 50 pieds dans les airs! Yeeeaaahhh! » Hehe, sérieux? C’est si hot que ça skater sur une aire d’atterrissage d’hélicoptère? Au moins Bob Burnquist aurait sauté en bas ou quelque chose… Jaws aussi et sans parachute en plus!

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Il y a de beaux côtés aussi à ce film là. Parfois la narration est un peu quétaine mais c’est tout de même vrai et spécial ce que dit Sean Malto : «  I met 90% of my friends because of a piece of wood with wheels attached to it. It’s pretty special! » L’histoire de Brandon White, le skater sourd, est un élément intéressant qui rappelle qu’on passe facilement la barrière du langage avec un skateboard. C’est bien beau. Tu peux dire ça à ton vieux qui pense encore que le skateboard c’est pour les drogués.

C’est la culture du skate qui est célébrée dans cette œuvre. En général c’est bien mais il manque clairement quelque chose à cette production. Je ne crois pas que le problème avec « We are blood » soit le fait que ce soit principalement financé par une multinationale. Lorsque Red Bull, Nike, Adidas, Go Pro, Target jouent aux mécènes en finançant les projets fous et les voyages des skaters en engageant les meilleurs, ils font de belles productions et rien n’est laissé au hasard.korean

Oh non rien n’est laissé au hasard. Ce n’est pas toujours subtile par exemple. Oui c’est mieux fait que les gens qui forcent leur tristesse en groupe après la mort de Kim Jong-il mais on sent tout de même que les producteurs voulaient du croustillant. Le skateboarder malentendant n’est pas arrivé par hasard dans le « casting ». C’est super de le voir faire partie de la gang même si ce n’est pas forcément naturel/crédible. Tout comme David Loy qui fait le groupie en recevant son premier tattoo par Jamie Thomas (OMG it’s sooo cool let me show the world via instagram). C’était peut-être pas une idée de la production mais c’est un peu weird à regarder quand même. Que dire d’une session de skate encadrée par des agents M.Smith habillé en complets et probablement capable de tuer avec un seul doigt si le délégué du prince lui en donne l’ordre. Il y a des choses étranges dans ce film. Ce n’est pas vraiment le skateboard comme on le vit, nous, les simples skaters de la rue. C’est juste ça le problème. En voulant faire trop gros, le projet s’est envolé et puis s’est éloigné de la réalité du street skating. La grenouille voulait impressionner le boeuf et puis paof! Mais c’est impressionnant pareil de voir la grenouille se gonfler gonfler gonfler.

Je ne voudrais pas dire que c’est un projet qui ne mérite pas d’attention. C’est bien l’fun les grosses productions. Je n’ai rien contre. Je voulais simplement dire que les petits vidéos de skate aussi peuvent être de grandes oeuvres! Ces petits vidéos jouent un grand rôle. J’espère qu’ils continueront d’exister. J’voulais le dire à ceux qui en font même s’ils sont probablement en train de skater dans la rue en ce moment. Pis je suis pas tout seul à penser ça! J’me rappelle ce que disait un jour mon chum Yann Burner de Québec qui me racontait qu’étant jeune il préférait regarder les vidéos ULC que ceux des pros comme Yeah Right de Girl ou Dying to live de Zero. Il disait que c’était plus intéressant de voir des spots qu’il connaissait et des gars qu’il croisait au skateparc. C’était plus vrai selon lui. Salut Burner, continue de t’écouter.

En conclusion, je ne crois vraiment pas être rigide au changement. J’accepte que les multinationales viennent se faire voir le logo dans nos vidéos. C’est pas grave que le focus de certains projets vidéo soit le filming au lieu du feeling. Mais ce que je retiens surtout de toute cette histoire c’est que les petites vidéos sont le cœur de notre culture et que le plus beau se passe encore au niveau de la rue, souvent tout près de chez nous. Si vous avez une petite caméra et surtout un skate et que vous avez du fun, vous êtes le cœur de la culture du skate et puis tant qu’à y être, vous êtes aussi son âme (en plus d’être des poussières d’étoiles)! Love y’all. A+stardust

 

 

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